Entrons dans l’histoire de l’Afrique du Sud, mais pas par n’importe quelle porte !
Les ouvrages d’histoire qui expédient la période précoloniale de l’Afrique du Sud sont nombreux. Souvent, ils mettent l’accent sur les trois derniers siècles.
Avec son Histoire de l’Afrique du Sud (2016), François-Xavier Fauvelle propose une approche renouvelée de l’histoire complexe et riche de ce pays. Spécialiste de l’Afrique ancienne, cet historien aborde les dynamiques sociales, économiques et politiques du sud de l’Afrique sur une longue période. tout en déconstruisant certaines idées reçues.
Voici une synthèse de l’histoire de l’Afrique du Sud, qui tente de respecter l’esprit de son travail.

1. Premières sociétés en Afrique australe
L’histoire de l’Afrique du Sud commence bien avant l’arrivée des Européens. Des populations de chasseurs-cueilleurs habitaient la région il y a des dizaines de milliers d’années.
Les traces archéologiques montrent que ces premiers habitants, souvent associés aux San (ou Bushmen), avaient une relation très étroite avec leur environnement naturel. Ils ont développé des techniques sophistiquées pour la chasse et la collecte. Parallèlement, ils maintenaient une connexion profonde avec les terres qu’ils habitaient.
Vers 2000 avant notre ère, des populations de pasteurs, probablement des Khoïkhoïs, se sont installées dans la région.
Elles ont introduit l’élevage du bétail, une pratique qui a transformé l’économie et les modes de vie des sociétés locales. Cette période de coexistence entre les chasseurs-cueilleurs San et les pasteurs Khoïkhoïs montre une Afrique du Sud en constante évolution, bien avant l’arrivée des Européens.

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2. Les débuts des royaumes agricoles (200-1300 après J.-C.)
Autour du 3e siècle après J.-C., les populations bantoues, venant probablement du nord-est de l’Afrique, commencent à migrer vers le sud.
Ces groupes étaient des agriculteurs et des éleveurs. Leur installation en Afrique du Sud a transformé radicalement l’économie locale. Ils ont introduit de nouvelles techniques agricoles, l’élevage à plus grande échelle, et ont fondé des sociétés hiérarchisées avec des chefs de clan et des rois locaux.
L’apparition de l’agriculture a aussi permis l’essor de royaumes plus structurés, tels que celui de Mapungubwe (près de la frontière actuelle avec le Zimbabwe).
Ces sociétés étaient connectées à de vastes réseaux commerciaux reliant l’Afrique du Sud à d’autres parties du continent et au monde islamique via l’océan Indien. Cette période montre un dynamisme et une complexité sociale que les récits de l’Afrique du Sud oublient souvent.

3. Les premières rencontres européennes et la colonisation néerlandaise (1600-1800)
L’arrivée des Européens dans la région a marqué un tournant majeur dans l’histoire de l’Afrique du Sud.
Les premiers à établir des contacts réguliers furent les Portugais – c’est Vasco de Gama qui, le premier, double le Cap de Bonne-Espérance. Ces navigateurs ont commencé à explorer les côtes africaines au 15e siècle dans leur quête d’une route vers l’Inde.
Cependant, ce sont les Néerlandais qui ont fondé la première colonie européenne permanente à la pointe sud de l’Afrique en 1652, au Cap de Bonne-Espérance.
Initialement, la colonie établie par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) avait pour but de servir de point de ravitaillement pour les navires néerlandais en route vers l’Asie. Cependant, la présence néerlandaise s’est rapidement élargie, avec la colonisation de terres et l’asservissement des populations locales.
Les relations entre les colons et les populations Khoïkhoïs, notamment, ont été marquées par des conflits récurrents. Les colons néerlandais, les futurs Afrikaners ou Boers, ont établi une société fondée sur l’agriculture, l’élevage et une ségrégation croissante entre Européens et Africains.

4. L’expansion coloniale et la montée des tensions (1800-1870)
Le 19e siècle est une période de bouleversements majeurs en Afrique du Sud.
En 1806, la colonie du Cap passe sous contrôle britannique après la défaite des Néerlandais lors des guerres napoléoniennes.
Cette transition marque un tournant dans l’administration coloniale . Elle introduit de nouvelles tensions entre les colons afrikaners et les Britanniques. La politique britannique, plus libérale, abolit l’esclavage en 1834. Il en résulte un mécontentement profond parmi les Afrikaners, qui dépendaient de cette main-d’œuvre pour leur économie agricole.
Ce mécontentement conduit à un mouvement migratoire connu sous le nom de Grand Trek. Des milliers d’Afrikaners quittent la colonie du Cap pour fonder de nouvelles républiques indépendantes à l’intérieur des terres, notamment le Transvaal et l’État libre d’Orange. Cela marque le début d’une longue période de rivalité entre Afrikaners et Britanniques pour contrôler les ressources et les territoires.

Parallèlement, les populations africaines autochtones sont elles aussi profondément affectées par cette expansion coloniale. Le 19e siècle voit l’essor du royaume zoulou sous le roi Shaka.
L’armée de Shaka est en effet devenue l’une des plus puissantes de la région. Bien qu’ils aient résisté farouchement à l’expansion européenne, les Zoulous ont finalement été vaincus par les Britanniques à la fin du siècle.
5. La découverte de l’or et des diamants et la guerre anglo-boer (1870-1910)
Les années 1870 marquent un tournant crucial avec la découverte de diamants à Kimberley et d’or dans la région du Witwatersrand (près de l’actuelle Johannesburg).
Ces découvertes attirent un grand nombre de prospecteurs, d’investisseurs et de colons européens. Elles transforment rapidement l’économie de la région. L’Afrique du Sud devient une région clé pour l’industrie minière mondiale.
Les tensions entre Britanniques et Afrikaners s’intensifient alors que les deux groupes cherchent à contrôler ces ressources.

Ces rivalités aboutissent à la guerre anglo-boer (1899-1902).
Ce conflit brutal entre les Britanniques et les républiques boers se termine par une victoire britannique. Il laisse toutefois des cicatrices profondes dans la société sud-africaine.
Les Afrikaners, vaincus mais non soumis, conserveront une rancune durable envers les Britanniques. Ce sentiment influencera grandement la politique du pays au 20e siècle.
6. L’union de l’Afrique du Sud et la montée de l’apartheid (1910-1948)
Après la guerre anglo-boer, l’Afrique du Sud est unifiée en 1910 sous la forme de l’Union sud-africaine, un dominion autonome de l’Empire britannique. Cette union est cependant fondée sur une exclusion quasi totale des populations noires, métisses et indiennes. Ces citoyens sont privés de droits politiques et économiques. Le pouvoir est concentré entre les mains des blancs, principalement les Britanniques et les Afrikaners.
Durant cette période, les tensions entre Afrikaners et Britanniques continuent de s’exacerber.
Pendant la Première Guerre mondiale, les Afrikaners sont majoritairement opposés à la participation au conflit aux côtés de la Grande-Bretagne. Les années 1920 et 1930 voient l’émergence d’un nationalisme afrikaner de plus en plus virulent.
Il aboutit à la victoire du Parti national afrikaner aux élections de 1948.
À partir de cette date, l’Afrique du Sud entre dans l’une des périodes les plus sombres de son histoire.
Le régime de l’apartheid, fondé sur la ségrégation raciale stricte, vise à maintenir la domination de la minorité blanche sur la majorité noire. Les lois de l’apartheid régissent tous les aspects de la vie en Afrique du Sud, depuis l’éducation et le logement jusqu’aux mariages et aux emplois.
Elles ont des conséquences dévastatrices pour les populations non blanches.
7. L’ère de l’apartheid et la lutte pour la liberté (1948-1994)
Pendant les quatre décennies suivantes, le régime raciste de l’apartheid domine l’Afrique du Sud.
Les populations noires, qui constituent la majorité de la population, sont confinées dans des zones spéciales, les bantoustans, et privées de presque tous leurs droits civils.
L’apartheid suscite une résistance de plus en plus forte, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du pays.
Le Congrès national africain (ANC), fondé en 1912, devient le principal mouvement de résistance. Sous la direction de figures emblématiques comme Nelson Mandela, il adopte d’abord une stratégie de résistance pacifique.
En 1960, survient le massacre de Sharpeville où la police a ouvert le feu sur des manifestants pacifiques, tuant 69 personnes. Le parti se tourne alors vers la lutte armée.
Mandela est arrêté en 1962 et condamné à la prison à vie, devenant un symbole international de la lutte contre l’oppression raciale.
Au cours des années 1980, la pression internationale contre l’apartheid s’intensifie.
Des sanctions économiques et des boycotts sportifs sont prononcés contre l’Afrique du Sud.
À l’intérieur du pays, la répression se durcit, mais le régime est de plus en plus isolé.
Finalement, sous la pression des mouvements de résistance internes et des sanctions internationales, le gouvernement sud-africain, dirigé par Frederik de Klerk, amorce des réformes.

8. La transition vers la démocratie (1990-1994)
En 1990, le régime de l’apartheid commence à s’effondrer.
Nelson Mandela est libéré après 27 ans de prison. Des négociations s’ouvrent entre le gouvernement et l’ANC pour établir une transition pacifique vers la démocratie.
En 1994, l’Afrique du Sud organise les premières élections libres. Nelson Mandela devient le premier président noir de l’Afrique du Sud.
La fin de l’apartheid marque le début d’une nouvelle ère pour le pays.
Cependant, elle ne met pas fin aux profondes inégalités économiques et sociales héritées du régime raciste.
La réconciliation nationale, incarnée par la Commission vérité et réconciliation, est un processus difficile mais nécessaire pour que l’Afrique du Sud avance vers une société plus juste.

Conclusion
L’histoire de l’Afrique du Sud, telle que la raconte François-Xavier Fauvelle, est celle d’un pays aux multiples visages, profondément marqué par ses conflits internes mais aussi par sa capacité de résilience.
Depuis les premières sociétés de chasseurs-cueilleurs jusqu’à la démocratie post-apartheid, l’Afrique du Sud a traversé des périodes de bouleversements et d’injustices profondes, mais aussi d’innovation et de résistance.
Que vous inspire cette histoire ? La connaissiez-vous ?
POUR EN SAVOIR PLUS
Fauvelle-Aymar, François-Xavier. Histoire de l’Afrique du Sud. Points, Seuil. 2016.
p/o Association Amandla